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Zone de Texte: mars 2006                    n° 83
 

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Zone de Texte: Mensuel d'information des associations de protection de l'environnement en Ile-de-France                 

 

 

Région

L'Etat prépare un plan Seine

 

Va-t-on mettre fin à l'espèce d'anarchie qui règne dans la gestion du réseau hydrographique francilien ? Au cours d'un colloque organisé il y a quelques mois par l'association (d'élus) "La Seine en partage" sur le thème "Etre riverain : une chance, des problèmes", on a appris une bonne nouvelle. Elle a été annoncée par Christian Estrosi, ministre délégué à l'aménagement du territoire : le gouvernement a chargé Bertrand Landrieu, préfet de région, d'élaborer un "Plan Seine" 2007-2015, comme il y a, depuis quelques années déjà, un "Plan Loire" et comme on prépare un "Plan Rhône". Objectif : tenter de concilier les différentes demandes qui s'exercent sur les cours d'eau franciliens et leurs berges.

 

Après des décennies d'indifférence à l'égard des fleuves et des rivières voilà que tout le monde les redécouvre : les transporteurs, les industriels, les communes riveraines, les habitants du bord de l'eau, les sportifs, les entreprises de tourisme, etc. Le phénomène est puissant mais désordonné. On reconnaît qu'il est nécessaire de le maîtriser avant qu'il ne dégénère en bagarre générale. En termes administrativo-politique, on parle d'arbitrer entre les diverses demandes.

 

Le SDRIF en perspective

C'est un gros chantier. Il est d'autant plus urgent que les résultats des choix devront figurer dans le SDRIF si l'on veut qu'ils soient respectés. Mireille Ferri, vice-présidente du Conseil régional chargée de la révision du SDRIF, s'est réjouie de cette mise en cohérence. Elle a indiqué qu'il y aurait, au cours de la procédure de révision, "un moment spécifique pour en parler". Mais elle a posé quelques questions pertinentes : quelle sera la structure administrative chargée d'appliquer le Plan et avec quels moyens juridiques et financiers fonctionnera-t-elle ?

 

La ruée vers l’eau

En tout cas, le colloque a clairement fait apparaître la diversité et l'intensité nouvelle de la demande d'utilisation du réseau hydrographique. Les riverains et les maires souhaitent profiter de la rivière qu'ils ignoraient jusqu'ici, pour retrouver un peu de qualité de vie. Faisant fi des risques d'inondation certains édiles veulent urbaniser jusqu'au ras des flots. Les propriétaires de bateaux-logements prétendent vivre sur leur péniche en monopolisant les rives et en jetant leur déchet par-dessus bord. Les mariniers reprennent espoir dans le transport fluvial et souhaitent disposer des ports sans lesquels leur activité n'a pas de sens. Du coup le Port autonome de Paris profite du regain pour aménager des terrains en bord de Seine et les louer à des entreprises. Ce sont autant de zones industrielles et logistiques qui se profilent. Quant aux émules des Bateaux Mouche ils sont à présent légion (60 bateaux à Paris)  et se targuent de promener sur la Seine 6,5 millions de touristes par an. Plus qu'ils n'en montent à la Tour Eiffel !

 

Retour au naturel

Les représentants des organismes publics ont tempéré cet enthousiasme général. Marie Anne Bacot, directrice du Port autonome, a rappelé que la directive cadre européenne sur l'eau exige le retour à des berges naturelles. Un guide d'aménagement des berges va être bientôt publié. Il n'est pas question de planter des ports partout et n'importe comment. La prévention d'une inondation centennale ne doit pas, non plus quitter les esprits. C'est pourquoi le projet d'aménagement de la zone humide de La Bassée (Seine-et-Marne), afin de retenir les eaux de la Seine en cas de crue violente de l'Yonne, fera partie du Plan Seine. En outre, face aux aimables flibustiers des bateaux logements, Mme Bacot estime qu'il faudra "reprendre la main". Le laisser-aller actuel n'est plus supportable. De son côté la préfète Michèle Merli, chargée de prévenir les effets d'une inondation majeure, a douché les maires trop pressés de construire "les pieds dans l'eau". Elle a rappelé la vulnérabilité des équipements publics, des entreprises et des logements situés en zone inondable. Une crue comparable (ou supérieure) à celle de 1910 toucherait 2 millions de franciliens, une bonne partie des entreprises qui les font vivre et des transports qui leur permettent de se déplacer. Autrement dit, il est temps de mettre de l'ordre dans la ruée vers l'eau.

 

Marc Ambroise-Rendu.